06 juin 2009

Refuser le masochisme

FacalPar  Joseph Facal le 1 juin 2009

L’accusation de xénophobie ou, pire, de racisme, est probablement aujourd’hui la plus grave de toutes. On la lance pourtant avec une grande légèreté.

Par exemple, si vous exprimez votre opposition au voile islamique dans nos institutions publiques, il se trouvera toujours quelqu’un pour vous lancer que vous flirtez avec l’«islamophobie».

Une chose est pourtant frappante : jamais ou presque, ces gens ne s’interrogent à voix haute sur le fait qu’il n’existe, dans le monde arabo-musulman, aucun régime politique, absolument aucun qui pourrait être qualifié de démocratique au sens que nous donnons à ce terme ici. Pas un seul.

Je ne dis évidemment pas que les démocraties occidentales sont parfaites. Mais nos entorses à la démocratie sont épisodiques, et la culture démocratique est profondément enracinée chez nos concitoyens et dans nos institutions.  Dans le monde arabo-musulman, même les régimes les moins répressifs, comme celui de la Tunisie, sont autoritaires selon nos standards.

Aucun de ces régimes n’a réussi à construire une économie moderne. Aucun. Les inégalités sociales y sont terrifiantes. La corruption est généralisée. La presse libre n’existe pas. Des tribunaux indépendants du pouvoir politique sont une vue de l’esprit. L’opposition politique n’est tolérée que sous haute surveillance et si elle n’est pas une menace pour le régime. Les élections y sont un simulacre de démocratie.

Dans des pays comme l’Égypte, les concessions faites par le pouvoir en place sont une façon de faire baisser les tensions, et donc d’assurer la pérennité du régime, plutôt que le début d’une longue marche vers la démocratie.

Il va de soi que les peuples arabes sont théoriquement aussi aptes à la démocratie que nous. Mais leurs élites n’ont pas élevé les niveaux d’éducation et de culture civique à des seuils qui rendent possible la démocratie authentique. Découragés, les vrais démocrates arabo-musulmans ont souvent choisi l’exil en Occident.

Le politologue Hamadi Redissi avance même qu’il y aurait une incompatibilité fondamentale entre la démocratie et une conception stricte de l’islam. Cette dernière n’accepte ni l’égalité de tous les citoyens, ni la liberté de conscience, ni la neutralité des institutions politiques, qui sont trois piliers fondamentaux de la démocratie.

Une culture démocratique, dit-il, ne pourra fleurir que là où la laïcité aura progressé au point d’avoir réussi à cantonner la religion dans la sphère privée et les lieux de culte. La démocratie sera aussi impossible tant que les dirigeants religieux auront plus de légitimité que les dirigeants politiques. Or, en Occident, ce même processus a pris des siècles.

La corruption et l’insensibilité des régimes en place ont aussi laissé le champ social aux mains des islamistes. Souvent, ce sont ces derniers qui prennent charge de fournir aux plus pauvres des médicaments ou des biens de première nécessité. S’il y avait donc des élections vraiment libres, devinez qui risquerait de les gagner ? Et si les islamistes prennent le pouvoir, ces élections libres seraient évidemment les dernières. Terrible dilemme.

Morale de cette histoire : nos sociétés occidentales sont bien imparfaites, mais quand on les compare, on en conclut sans peine que nous n’avons aucune raison sérieuse de macérer dans le masochisme, ni de nous sentir coupables de vouloir fonder des règles collectives sur nos valeurs.

Posté par LDCI à 21:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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