13 juin 2009

L’euro-étouffoir

euro_feuPar Nicolas Dupont-Aignan le 12 juin 2009

Les élections européennes qui viennent de s’achever, à l’issue d’une non-campagne suivie d’une abstention énorme et délibérément provoquée, n’a hélas pas permis d’ouvrir autant qu’il l’aurait fallu le débat européen.

La pensée unique à l’œuvre dans les principaux partis comme dans les petits cercles parisiens du pouvoir médiatique, a ainsi réussi à faire passer des vessies pour des lanternes et à taire les questions que les Français voulaient voir débattues, aboutissant au final à une élection sans enjeu.

Parmi ces questions cruciales hélas escamotées, il y a bien entendu l’euro, que la parole officielle s’acharne à nous présenter comme un miraculeux bouclier protecteur. Pourtant, l’évolution de la conjoncture dans différents pays européens démontre que cet « argument » n’est rien d’autre qu’une gigantesque mystification.

Comparons ainsi la situation en France et en Grande-Bretagne. Que n’a-t-on entendu il y a quelques mois, lorsque Londres a décidé de dévaluer fortement la Livre Sterling ?! On nous a alors annoncé avec triomphalisme que ces eurosceptiques d’Anglais se mordaient cruellement les doigts de n’avoir pas rejoint la zone euro et beaucoup étaient soi-disant prêts à mettre leur main au feu en faisant le pari que la Grande-Bretagne allait dans la foulée adopter la monnaie unique…

Aujourd’hui, que constate-t-on ? La dévaluation de la monnaie britannique, conjuguée à un puissant plan de relance, permet à l’économie anglaise d’enregistrer les premiers signes de rebond. Et la France ? Hélas, tout au contraire, notre pays, privé de dévaluation et de plan de relance comparable, n’en finit plus de détruire des emplois (près de 190 000 au premier trimestre 2009, soit l’équivalent de l’année 2008 tout entière et un chiffre jamais observé dans l’histoire économique de la France) et commence même à s’enfoncer dans une mortifère déflation (baisse absolue des prix, de l’activité, des actifs et des salaires, qui peut mener à une dépression décennale).

Ainsi, grâce à sa réactivité et à son pragmatisme, la Grande-Bretagne est en train de voir le bout du tunnel, après avoir subi un choc certes plus violent que nous mais beaucoup moins durable. A l’inverse, la France (et aussi l’Italie, l’Espagne et même l’Allemagne) s’enfonce lentement dans une catastrophe économique qui se développe plus lentement mais dont les effets terribles seront plus longs (donc plus douloureux) et plus difficiles à vaincre.

Le fautif ? Avant tout l’euro et son Pacte de stabilité, qui sont un véritable étouffoir pour la relance économique en Europe, interdisant toute dévaluation compétitive et tout effort massif de relance budgétaire, à l’inverse de ce que font sans vergogne toutes les autres puissances économiques mondiales (sans même parler de leur regain de protectionnisme).

Double peine : non seulement nous allons souffrir de la crise davantage et plus longtemps que les autres, mais aussi nous laisseront aux Etats-Unis, à la Chine, à l’Inde… le bénéfice d’une innovation technique et industrielle dans laquelle ils sont en train d’investir des sommes astronomiques pour se sortir, justement, du marasme ! Dans dix ans, si nous n’y prenons garde, nous serons donc appauvris face à des Chinois dominant les secteurs des énergies renouvelables et des nanotechnologies, ou à des Américains plus que jamais dominants dans la conquête spatiale !

Une fois de plus, l’Europe est la variable d’ajustement de désordres économiques dont elle n’est même pas la première responsable. Une fois de plus, la France à l’intérieur de l’UE va être la variable d’ajustement de l’Allemagne, qui interdit aux membres de la zone euro toute réforme de la monnaie unique comme du Pacte de stabilité (le gouvernement a encore une fois essuyé un cinglant revers lundi dernier lors de la réunion de l’Eurogroupe).

Où sont donc passés nos prophètes de l’UMP, du PS, des Verts et du MoDem qui nous promettaient jusqu’à dimanche dernier « l’Europe qui protège », « l’Europe sociale », « l’Europe humaine », etc. ?

Contrairement à ce que croient certains, le combat pour l’Europe des nations au service des peuples ne s’est pas achevé le 7 juin au soir : au contraire, il ne fait que continuer, avec une force et une urgence redoublées. Les gaullistes de Debout la République y prendront toute leur part, je peux vous le garantir…

Posté par LDCI à 14:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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