23 juin 2009

Le français à Montréal: 90 % des francophones sont inquiets

Montr_al

Par Le Devoir le 22 juin 2009

Près de 90 % des Québécois francophones estiment que la langue française est menacée à Montréal. Une opinion partagée par moins d'un anglophone ou allophone sur quatre, révèle un sondage Web Léger Marketing-Association d'études canadiennes-Quebec Community Groups Network dévoilé à l'avant-veille de la Fête nationale. Le sondage met en lumière un fossé important entre les perceptions des Québécois d'expression française et ceux d'expression anglaise sur la vitalité de la langue de Tremblay sur l'île de Montréal.

«On voit qu'il y a une quasi-unanimité auprès des francophones [...] qui pensent que la langue française est menacée à Montréal, ce qui n'est pas le cas chez les non-francophones», fait remarquer le directeur de l'Association d'études canadiennes (AEC), Jack Jedwab.

L'étude du démographe Marc Termote sur les perspectives démo-linguistiques du Québec et de la région de Montréal, qui soulignait à grands traits que les personnes qui s'expriment en français à la maison deviendront minoritaires dans la métropole d'ici à 2021, et l'offensive de l'Office québécois de la langue française ont eu un impact indubitable sur l'opinion publique, pense M. Jedwab. «Cela a été un tournant», affirme-t-il.

«Les non-francophones ne voient pas la situation de la même manière. Dans leur esprit, le français progresse à travers la province [parce que la proportion de] non-francophones qui apprennent le français comme langue seconde [croît]», ajoute-t-il.

Un peu moins de 54 % de la population montréalaise parle français à la maison, dévoilait le recensement de 2006 de Statistique Canada.

Le gouvernement de Jean Charest «donne le sentiment à l'ensemble de la population québécoise qu'il n'est pas véritablement prêt à agir. Il y a un sentiment d'inaction, et ça inquiète beaucoup les Québécois», explique Alain G. Gagnon, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité au Québec (CRIDAQ).

La mollesse du gouvernement du Québec dans l'épanouissement de la langue française au Québec, selon M. Gagnon, est semblable à la situation qui prévaut à Ottawa. L'échec du Bloc québécois à faire adopter une politique linguistique qui s'appliquerait aux institutions fédérales sur le territoire du Québec, la mise en veilleuse du programme de contestation judiciaire par le gouvernement de Stephen Harper, les compressions en culture ou son refus de suppléer aux revenus publicitaires insuffisants à Radio-Canada: «Ce sont des facteurs qui s'additionnent et qui peuvent conduire les francophones du Québec à un sentiment d'une plus grande insécurité ou d'un plus grand inconfort par rapport à la communauté anglophone majoritaire hors Québec», souligne Alain G. Gagnon. «Il y a un sentiment peut-être d'inquiétude, mais que 90 % des Québécois pensent véritablement que le français soit véritablement menacé, ça m'apparaît un peu élevé», ajoute-t-il.

«Assurément qu'il y a une intention derrière ce sondage-là qui est de faire ressortir un sentiment que les Québécois sont encore insécures concernant la présence de leurs concitoyens», affirme Alain G. Gagnon.

Par ailleurs, quelque 60 % des Québécois d'expression française estiment que les anglophones du Québec comprennent mal la société québécoise, selon le sondage Web Léger Marketing-Association d'études canadiennes-Quebec Community Groups Network. Un point de vue que partagent 20 % des anglophones et allophones questionnés. «Probablement parce que [les anglophones] ne comprennent pas à quel point la langue française est menacée», suppose Jack Jedwab. Bien que les francophones disent dans une très forte majorité nouer des relations avec des anglophones, ils ne sont pas moins méfiants au sujet de la situation de la langue française au Québec, selon lui.

Les anglophones se comportent comme s'ils étaient une majorité au Québec, dans l'esprit de plus de 65 % des francophones -- qui estiment néanmoins former la majorité -- contre 20 % des anglophones et allophones. «Les anglophones ont le sentiment d'être minoritaires vis-à-vis de la situation de la langue française. Les francophones, eux, ont l'air de croire que les anglophones ne comprennent pas la situation de la langue française», fait savoir M. Jedwab.

Les «peuples fondateurs» du Québec

La question du sondage: «Êtes-vous [d'accord] avec l'énoncé suivant: Les anglophones sont un peuple fondateur de la société québécoise?», a fait sourciller Alain G. Gagnon. «On vient complètement chambarder la lecture historique des rapports Québec-Canada», lance-t-il. Malgré tout, les anglophones constituent «un peuple fondateur du Québec», selon deux répondants québécois francophones sur cinq. Une opinion partagée par 80 % des Québécois non francophones. «Il y a quelque chose de particulier dans ce sondage-là qui m'échappe. On va sans doute pouvoir en débattre [aujourd'hui]», a conclu Alain G. Gagnon.

D'autre part, la société québécoise est menacée par l'arrivée d'immigrants non chrétiens, croient 40 % des répondants au sondage, francophones, anglophones et allophones confondus.

Les immigrants -- de confession chrétienne ou non -- représentent une menace pour la langue française au Québec, pensent 57 % des francophones, et à peine 13 % des anglophones et allophones. Les Québécois francophones souhaitent qu'un plus grand nombre de personnes qui résident au Québec fassent l'apprentissage de la langue française, souligne Alain G. Gagnon. Il note néanmoins plusieurs progrès «appréciables et significatifs». La jeune génération accepte de plus en plus de travailler, d'échanger en français et d'accepter le français comme langue commune notamment.

Par ailleurs, quelque 60 % des Québécois dont la langue maternelle est le français estiment que «les immigrants du Québec devraient abandonner leurs coutumes et traditions, et être davantage comme la majorité des Québécois», selon le sondage. Un point de vue que partagent seulement 30 % des Québécois dont la langue maternelle est différente du français.

Ce sondage Web Léger Marketing a été effectué du 11 au 14 mai auprès de 1000 personnes au Québec. La marge d'erreur est de 3,9 %, 19 fois sur 20. Il servira à lancer les discussions d'un déjeuner-causerie auquel participeront l'AEC (Jack Jedwab), Le Devoir (Bernard Descôteaux), The Gazette (David Johnston), le CRIDAQ (Alain G. Gagnon) et le Quebec Community Groups Network (QCGN).

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