23 juin 2009

Sarkozy : un discours qui tourne court

Sarko_blingPar Antoine Guiral, Libération  , le 23 juin 2009

Raté ! Il n’est pas pourtant dans les habitudes de Nicolas Sarkozy de louper un discours attendu. Mais hier, à Versailles, face aux parlementaires réunis en Congrès, le chef de l’Etat n’a su trouver ni le ton, ni les mots propres à mobiliser autour des «nouveaux horizons» promis depuis plusieurs jours par l’Elysée. Même les élus UMP en sont sortis refroidis: «Tout ça pour ça», se désespérait l’un. «On s’attendait à deux-trois acclamations debout. Je n’ai pas croisé un seul député enthousiaste», confiait un autre . Le grand show a fait «pschitt!», comme dirait son prédécesseur Jacques Chirac, qui avait d’ailleurs décliné l’invitation au château des Bourbon. Une vraie déception, donc, par rapport à l’ambition affichée et au caractère historique de ce retour d’un président de la République dans une enceinte législative. A force de vouloir mettre la barre toujours plus haut, de chercher sans relâche à occuper tout l’espace public, Sarkozy a, pour la première fois depuis son élection, montré ses limites. «Faible et décevant», a tranché le Laurent Fabius (PS) tandis que Cécile Duflot (Verts) pointait des «annonces déjà vues». A droite, Xavier Bertrand (UMP), s’est ébaudi de ce «discours particulièrement fort» mais le villepiniste François Goulard a jugé Sarkozy «pas à la hauteur» sur la question des déficits.

Incantatoire. Soucieux de ménager les parlementaires de tous bords et de ne pas faire un discours de politique générale comme un Premier ministre, le Président est resté vague et incantatoire. Quarante-trois minutes de parole pour ne rien dire, ou presque. Or, sa force est habituellement d’être précis sur les thématiques qu’il aborde et, surtout, d’apporter des solutions. Sur le fond, son allocution d’hier a souvent pris des airs de meeting. Mais sans le relief qu’il sait donner à ce genre de prestation face à un public de militants. Ainsi sur l’emprunt, seule véritable annonce de son discours avec la confirmation d’un remaniement gouvernemental demain, il n’en a livré ni le montant ni le montage et est resté flou sur sa finalité (financer des «priorités nationales» dont il veut discuter durant trois mois avec les forces vives du pays). Il s’est en revanche montré ferme concernant la loi Hadopi sur le téléchargement illégal («J’irai jusqu’au bout») ou le port de la burqa qui choque l’ensemble de la représentation nationale («Elle n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République», ).

«Renaissance.» Entre vanité et mégalomanie, le chef de l’Etat a inscrit son action (et donc sa personne) dans le droit fil du «Conseil national de la Résistance qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française». Soixante-cinq ans plus tard, il est, à l’entendre, au cœur d’une autre guerre : celle qu’il rebaptise dès 2009 «la crise du siècle». Côté «renaissance», il remet au goût du jour le «modèle français», qu’il a jadis tant raillé, et le teinte d’écologie. A nouveau, il a lancé un appel à l’union nationale et s’est efforcé d’apparaître au-dessus du clivage droite-gauche, reprochant à tous les gouvernements qui ont précédé le sien d’avoir «fait la part trop belle au capital financier et sans doute trop écouté les leçons de ceux qui, en même temps qu’ils se scandalisent de l’endettement public, mettaient de gigantesques leviers d’endettement au service d’une spéculation effrénée».

Le «nouveau modèle de croissance» qu’il appelle de ses vœux est une réhabilitation de «notre savoir-faire entre le secteur privé et le secteur public». Jacques Chirac peut se réjouir : sur le fond comme sur la forme, son successeur lui ressemble de plus en plus.

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