21 août 2009

Le libéralisme et le parapluie

precautionPar Antidote le 19 août 2009

es jours-ci, on m’a appris, par tous les médias possibles, comment protéger mes enfants du soleil. En fait, ils ne font que relayer les recommandations officielles du ministère de la santé. Je sais bien que nos gouvernants sont traumatisés à vie par le fâcheux précédent de 2003. Madame Bachelot s’imagine mal briguant la succession de Monsieur Mattéi au pilori et, plus tard, à la présidence de la Croix Rouge1. On peut la comprendre.

Mais il n’y a pas que la canicule. Le mal est davantage profond. Je ne parlerai même pas de H1N1 et de son cortège de prévisions de fermetures d’écoles, d’entreprises et tout ce que notre pays compte d’endroits de rencontres. Cela aura au moins l’avantage de ne plus entendre sans rire à chaque pont du mois de mai, ou à la moindre grève d’un service public de transport, les mêmes litanies sur la France bloquée et son manque à gagner en création de richesses.

Ce qui est en cause, c’est la totale disparition dans notre pays, et finalement dans la plupart des pays d’Europe et d’Amérique du Nord, de la notion de libre-arbitre. Cela avait débuté avec ce procès, il y a quelques années, où un cigarettier fut condamné par la justice américaine à payer une somme faramineuse à un malade du tabac, parce que les paquets ne portaient aucune indication sur la dangerosité du produit qu’il contenait. Comme si ce type n’était pas au courant que les cigarettes, qui devaient bien lui apporter quelque réconfort, n’avaient pas, a contrario, des effets nocifs sur la blancheur de ses poumons ! C’est donc à ce juge totalement irresponsable que nous devons ensuite les ridicules logos qui figurent sur les paquets de clope : “Fumer tue”, “la cigarette provoque le cancer”, “fumer empêche de bander”2. Evidemment, ces mentions n’avaient pas été exigées dans un but de santé publique et de baisse de la consommation de tabac, l’augmentation du prix de celui-ci étant la seule mesure vraiment efficace, mais dans le but de se couvrir, d’ouvrir le parapluie, d’assurer le coup juridiquement. Appelez cela comme vous voulez.

Pour illustrer cette stratégie du parapluie, les exemples pleuvent. A torrent. Dernièrement, ce sont nos étiquettes de bouteilles de pinard qui se sont vues affublées d’un pictogramme ridicule représentant une femme enceinte. La trouille qu’une poivrote ne vienne un jour déposer plainte et demander quelques millions d’euros en dommages et intérêts a finalement poussé nos pouvoirs publics à imposer ainsi la pollution de nos belles étiquettes vigneronnes. Pour quel résultat ? Les alcooliques invétérées ne feront pas attention au dessin ; les prudentes l’étaient déjà. Seule, la crainte du procès à disparu. Ouf, on respire !

Certains respirent mais, pour ma part, ça me gonfle ! Plus aucun libre-arbitre, plus aucune responsabilité individuelle ! Si je me casse la gueule sur le trottoir, c’est la faute du maire qui l’a mal fait nettoyer et pas de ma maladresse. Si un gamin veut faire son “Bébel” sur une plaque de verglas dans son école, c’est la faute du directeur qui n’a pas balisé ladite plaque. Les parents vont donc déposer plainte alors qu’ils sont sans doute, davantage que quiconque, à l’origine du fait que le gosse n’est pas un modèle de prudence.

Dans le public comme dans le privé, la judiciarisation à outrance de notre société devient un vrai cauchemar. Tout le monde ouvre le parapluie, tout le monde cherche à se couvrir. Du coup, un jour, plus personne ne fera plus rien. Il faut surveiller ce qu’on donne à boire à ses convives, des fois qu’ils se vautrent lamentablement dans le fossé sur le chemin du retour et déposent ensuite plainte pour avoir été si scandaleusement saoulés. On ne prend plus d’auto-stoppeur3, de peur d’avoir un léger accident en sa présence. Même s’il s’agit d’une personne de bonne foi, son assurance exigera d’elle que plainte soit déposée.

Des escrocs de grand chemin tenteront de vous faire croire que la fin du libre-arbitre et la généralisation du parapluie constituent l’aboutissement ultime de la société française. Les Français ? Des assistés, vous diront-ils ! Toujours à rejeter la faute sur le voisin, toujours à en appeler à l’Etat ! On devrait donc revenir au vrai libéralisme !

N’écoutez surtout pas ces charlatans ! Cette judiciarisation vient des États-Unis, on l’a vu. Elle vient du monde anglo-saxon que nous avons eu le tort d’imiter, sur ce sujet comme sur d’autres. Avocats, sociétés d’assurance ont beaucoup à gagner dans cette triste histoire.

Le parapluie, c’est d’abord, surtout, une histoire de gros sous.

 

  1. Poste que Georgina Dufoix avait occupé aussi.
  2. Cette mention n’existe pas, mais je me souviens bien avoir vu un spot de publicité y faisant clairement allusion.
  3. Je ne parle même pas des auto-stoppeuses. Les accusations de harcèlement voire de viol, ça refroidit son monde…

Posté par LDCI à 23:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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